Retourner aux portraits d’athlètes 2009
La première fois que Pierre Mainville prend place dans un fauteuil roulant, il a 17 ans et l’usage complet de ses jambes. S’il le fait, c’est par amitié pour un vieux copain, Steves Leonard, devenu paraplégique. Ensemble, ils jouent au hockey, au basketball.
Jamais il ne s’imaginait que son tour viendrait. Victime d’un tireur fou, Mainville devient paraplégique en 2001. C’est tout logiquement que Pierre se tourne vers le sport après ce cruel événement. Après des essais dans les sports qu’il connaît, il opte pour l’escrime. À 29 ans, Mainville veut être maître de son sort, l’unique artisan de ses succès ou revers.
Individualiste ? Non, intense. C’est cette intensité qui a mené Pierre Mainville, en moins de quatre ans, du statut de débutant à celui de participant aux Championnats du monde en 2006. Auteur de cinq podiums en Coupe du monde, il a participé à ses premiers Jeux paralympiques à Pékin où il a pris le neuvième rang à l’épée et le 17e au sabre.
Je ne pensais pas faire un aussi bon résultat à l’épée, explique le spécialiste du sabre. J’étais
surpris, surtout d’avoir battu des athlètes que je n’avais jamais vaincu en poule. Je me suis fait
sortir du tournoi par le Chinois qui a gagné alors je n’ai vraiment rien à me reprocher
, raconte
Mainville qui n’avait pas vraiment réalisé l’ampleur des Jeux avant d’arriver à Pékin. Ça m’a saisi
en arrivant, je n’étais pas nécessairement préparé à ça.
C’est cependant sa fille Chloé qui a volé la vedette de son papa en Chine. Après les Jeux, nous nous
sommes promenés pendant plus de deux semaines aux alentours de Pékin. Et comme elle a les cheveux blonds
et de grands yeux bleus, les Chinois étaient fascinés et voulaient tous la prendre dans leurs bras et
faire des photos
Puisque les Jeux paralympiques se déroulaient en sols chinois, les hôtes ont beaucoup travailler afin
de faciliter l’accès aux différentes infrastructures pour les personnes en fauteuil roulant. Même un
endroit à la grande Muraille de Chine était accessible. Mais nous, nous ne sommes pas allés là,
nous sommes allés à une place conseillée par notre chauffeur de taxi qui disait que c’était plus beau.
Finalement, je suis monté sur le dos des gens pour que je puisse y aller. Je me suis fait aider par
plusieurs personnes de plein de pays différents qui étaient eux aussi en visite
, se rappelle-t-il
visiblement reconnaissant de cette entraide internationale.
Avec un parcours comme le sien, cela semble tout à fait normal de le voir participer au Projet Prométhée. L’abandon scolaire des adolescents est un fléau social au Québec alors que près d’un jeune sur quatre n’obtiendra pas son diplôme d’études secondaires. Dans le but de contrer ce décrochage scolaire, le projet Prométhée jumelle des jeunes en difficultés à un mentor. Pierre Mainville est un de ces mentors.
Je suis un peu un grand frère en milieu scolaire
, explique Pierre Mainville. Les jeunes me
racontent ce qu’ils veulent et nous avons un accord de confidentialité. Tout ce qu’ils me disent reste
entre nous.
L’escrimeur rencontre les élèves une fois par semaine et il se rend disponible en cas
d’urgence ou de besoin de l’enfant.
Parfois, les adolescents refusent de s’ouvrir, c’est alors que Pierre brise la glace. Je leur parle
franchement de mon accident. Je les pousse à me poser des questions. Ça détend l’atmosphère surtout
que mon histoire, disons-le, est assez spectaculaire. Ensuite, ils me posent des questions sur mon sport.
En général, ils trouvent ça cool.
Et l’efficacité de Pierre en duel ne se dément pas lors de ces rencontres. J’ai rencontré un jeune
et en moins de trois mois, ç’a débloqué pour lui et je n’ai pas eu besoin de le revoir.
J’ai toujours aimé être avec les jeunes. Je crois que ces échanges m’apportent autant qu’à eux. Ça me ramène dans ma jeunesse, dans ce que j’étais et je les amène à voir ce qu’ils veulent être.
Partager, c’est un mot qui revient souvent dans le vocabulaire de Pierre Mainville et ce qu’il aime
par-dessus tout, c’est faire la promotion de son sport. Lorsque je fais des démonstrations dans les
centres de réadaptation, je suscite toujours de l’intérêt. Tranquillement, je crois que je suis en train
d’attirer de nouveaux escrimeurs.
Et Pierre Mainville a bien hâte d’avoir une cohorte plus importante à ses côtés lors de rendez-vous
internationaux. Je me souviens, une fois en Italie, j’ai gagné une médaille en Coupe du monde et il
n’y avait personne pour applaudir. J’ai dû m’applaudir chaudement parce que sinon, ça aurait été le
silence dans le gymnase.
Le Défi sportif est justement la porte d’entrée pour les escrimeurs en fauteuil roulant canadien.
Pour moi, ça m’a permis de voir ce que je valais sur la scène internationale. C’était un test, je ne
pensais pas commencer les Coupes du monde tout de suite.
Sa troisième place au sabre, à sa première
participation en 2005, l’a vite convaincu qu’il était prêt à franchir ce pas.
Pourtant, c’est en basketball en fauteuil roulant qu’il a participé à son premier Défi, avant la venue
d’une Coupe du monde d’escrime. Sport qu’il pratique encore, tout comme le hockey-luge, même si c’est
toujours en escrime en fauteuil roulant qu’il vise l’excellence. Même si je fais de bons résultats,
je ne suis jamais vraiment satisfait car je veux aller au bout. Il faut continuer de travailler et de
poursuivre les entraînements pour terminer en premier.
Pierre Mainville lancera donc sa saison à la
maison avant de se rendre par la suite en Europe pour les autres étapes de la Coupe du monde.