Retourner aux portraits d’athlètes 2010
Si Jessica Roberge a pensé un jour s’inscrire dans un club de natation, c’était d’abord pour s’éloigner de la salle de physiothérapie. Pas qu’elle n’aimait pas sa thérapeute. C’est même elle qui lui a suggéré l’idée. Elle m’a dit que si je nageais, je n’aurais plus besoin de faire de la physio, et c’est finalement ce qui est arrivé
, explique l’athlète de 18 ans qui suivait déjà les cours offerts par la Croix-Rouge. J’aimais l’eau depuis que j’étais toute petite alors ce n’était pas du tout un fardeau.
Elle n’aurait toutefois jamais pensé que 10 ans plus tard, cette recommandation lui aurait permis de participer aux Championnats du monde de paranatation en petit bassin 2009, et de rêver aux Jeux paralympiques.
L’Abitibienne, qui avait huit ans à l’époque, ne savait évidemment pas du tout dans quoi elle s’embarquait. Au sein du au Club de natation de Ville-Marie, elle goûte rapidement au désir d’abaisser ses chronos. Ce n’est pas parce qu’elle vit avec le spina-bifida qu’elle va s’en empêcher. Je n’ai pas un très gros handicap et me suis toujours sentie comme une autre nageuse. Je me suis aussi toujours entraînée avec des nageurs réguliers. J’essaye de suivre les autres.
C’est à la suggestion de son entraîneur de l’époque, Mario Gagnon, que Jessica entreprend les démarches pour obtenir sa classification paralympique. Après une première tentative en 2005, elle se réessaie un an plus tard, lorsqu’on évalue que sa croissance est terminée. Cette fois, ça passe et elle devient une nageuse de classe S10, comme le multiple médaillé des Jeux paralympiques Benoit Huot.
À partir de ce moment-là, ç’a déboulé vite. J’avais déjà mes standards pour participer aux rencontres Can-Am et j’ai continué à m’entraîner encore plus sérieusement. J’avais maintenant un but précis, contrairement à auparavant, où je ne songeais pas vraiment à me rendre loin en natation.
La Québécoise pouvait aussi s’inspirer des performances de ses compatriotes nageurs Valérie Grand’Maison et Benoit Huot, qui font partie de l’élite mondiale en paranatation. Comme on regarde beaucoup de sport à la maison, je connaissais la discipline et je m’intéressais à leurs performances. Lorsque j’ai été classifiée paralympique, j’ai regardé encore plus attentivement leurs résultats.
Deux fois cinquième aux Championnats du monde de paranatation en petit bassin disputés l’automne dernier à Rio de Janeiro, Jessica a vécu tout un baptême sur la scène internationale. J’ai fait trois meilleurs temps sur cinq, alors ç’a quand même du bon sens. Il y a des petites choses que j’aurais pu faire mieux, mais j’ai vraiment aimé l’expérience. J’ai beaucoup aimé regarder les meilleurs paranageurs compétitionner, et même nager contre eux.
Je suis chanceuse aussi d’être près d’athlètes québécois qui ont une belle renommée mondiale. C’est tellement motivant de les avoir. Ils sont aussi de bons exemples de ce que je veux essayer de faire. Ce sont de bons modèles. J’admire beaucoup Valérie. C’est incroyable ce qu’elle a fait. Et en plus, elle aime partager son expérience pour nous aider
, ajoute-t-elle.
La paranageuse de 18 ans s’inspire également de la paracycliste et ancienne paranageuse Geneviève Ouellette. Elle m’a beaucoup encouragée lorsqu’elle a su que j’avais fait ma classification. C’est un autre bon modèle, et en plus, on vient du même coin.
Originaire de Ville-Marie, Jessica Roberge, qui a porté le drapeau lors de la cérémonie de fermeture des Jeux du Canada de l’Île-du-Prince-Édouard à l’été 2009, s’entraîne avec les Dauphins de Rouyn-Noranda, aux côtés de nageurs qui n’ont pas de handicap. Les principaux obstacles auxquels elle a dû faire face ne sont toutefois pas reliés au spina-bifida. Il s’agit plutôt de l’encadrement par les entraîneurs.
En région éloignée, il est parfois difficile de recruter des entraîneurs. C’est la raison pour laquelle elle a quitté son club de Ville-Marie pour les Dauphins Je me suis retrouvée sans entraîneur pendant des mois. C’est le plus gros problème. Mon ancien entraîneur me donnait des entraînements à faire. C’était moi qui devais donner des entraînements à tout le club. Alors, en plus de me motiver moi-même, je devais motiver le club
, se rappelle-t-elle.
Rien ne vaut cependant l’avantage de pouvoir pratiquer son sport tout près de chez elle, ajoute la nouvelle protégée de Jacinthe Blanchette. Je suis contente de pouvoir poursuivre mon entraînement en Abitibi. C’est important pour moi, mais j’ai réalisé que c’est important pour les gens de ma région aussi qui me voient comme une athlète qui réussit, mais en étant restée dans le coin.
Pourtant, de l’Abitibi, Jessica a un œil sur le monde, et plus particulièrement sur Londres, ville hôtesse des prochains Jeux paralympiques.