Âgée de 28 ans, Camille Chai rivalise avec les plus grandes de sa discipline. Après avoir percé le top-16 mondial à l’épée, elle peut maintenant rêver de Jeux paralympiques et de Tokyo 2020.

« C’est loin d’être le dernier défi que je veux mettre sur ma liste, mais j’aime foncer et tenter de dépasser mes limites. Je veux me surprendre, voir quelles sont mes capacités. Je suis en constante adaptation pour me débrouiller à une main et à une jambe. »

Pourtant, Camille Chai ne pratique l’escrime en fauteuil roulant que depuis deux ans. « C’est un peu étonnant et ce n’est pas un parcours typique », admet l’athlète qui partage son temps entre l’entraînement et l’animation de conférence sur la motivation dans les écoles et l’entreprise.

Un parcours prometteur

La Québécoise avait déjà touché à l’escrime il y a une dizaine d’années. Celle qui a grandi à Laval faisait du vélo adapté dans son quartier quand elle a rencontré le maître d’armes Henri Sassine, qui a mené plusieurs escrimeurs québécois aux Jeux olympiques. « Il m’a approché, car il voulait entraîner un athlète pour les Jeux paralympiques. C’est grâce à lui que j’ai découvert l’escrime et que 10 ans plus tard j’ai décidé de m’y remettre. »

Très active, elle carbure aux défis. Et l’escrime lui en offre plusieurs. « J’aime l’image du sport, mais ce qui me rejoint, c’est que je suis habituée à me battre tous les jours au quotidien, mais maintenant je peux me battre dans un sport. »

Le Paralympien Pierre Mainville l’a prise sous son aile il y a deux ans. « Il a été mon premier contact au sein de l’équipe nationale. Encore aujourd’hui, il prend le temps d’observer mes combats et me donner des conseils. C’est mon mentor. »

Les deux seront en piste au Complexe sportif Claude-Robillard, du 27 au 29 avril, pour le retour de la Coupe du monde d’escrime en fauteuil roulant au Défi sportif AlterGo.

Pour Camille Chai, ce sera donc une première participation au Défi sportif AlterGo et jamais encore elle ne s’est exécutée à une compétition internationale à la maison. « C’est un privilège et une fierté. Je suis contente que ça se passe chez moi et d’accueillir les tireurs des autres pays. Savoir que ma famille et mes amis peuvent venir aussi, c’est un énorme plus. »

Athlète ambassadrice du Défi sportif AlterGo, elle accueille ce rôle avec plaisir. « J’arrive dans cette grande famille, mais je ne me sens pas en terrain inconnu. Je suis heureuse et ça me tient à cœur de pouvoir être un modèle pour les autres et de leur dire de croire en leurs rêves. J’ai la chance de pouvoir transmettre tous ces messages. »

Une philosophie sur la piste et dans la vie

En garde, prêt, allez. Ce sont les mots que Camille Chai entend au début de chaque duel d’escrime. Lorsqu’ils sont prononcés, elle sait qu’elle doit être prête à croiser le fer et réussir la touche parfaite.

« Il faut savoir quoi faire, avoir pris une décision quand on entend le allez, sinon ce n’est pas nous qui marquerons le point. »
Cette philosophie, Camille Chai, née sans bras ni jambe gauche, ne l’adopte pas seulement sur la piste. « L’escrime en fauteuil roulant m’a enseigné l’attitude à avoir face à des situations dans la vie. C’est à moi de choisir ce que je veux faire. C’est une question d’attitude et de volonté. »

Ce mantra lui est même utile dans la vie de tous les jours. De couper un légume à transporter ses sacs d’épicerie. « Ça m’arrive très, très souvent. Je suis face à une situation où je ne sais pas comment je vais faire et puis je me dis go, il faut que je l’essaie et advienne que pourra. »

« En escrime, quand nous avons une idée d’action en tête, nous y allons à fond, même si l’autre a eu une meilleure idée que nous. Il faut aller jusqu’au bout. »